Rav Yaakov Levitan a été tué dimanche soir à Bondi Beach alors qu’il aidait à organiser la célébration « ‘Hanouka au bord de la mer ». Il faisait ce qu’il faisait toujours : veiller à ce que tout se déroule sans accroc pour la communauté juive de Sydney.

Il avait 39 ans.

En tant que directeur des opérations de ‘Habad de Bondi, Rav Yaakov Levitan avait joué un rôle déterminant dans la préparation de cette célébration de ‘Hanouka. Lorsque deux hommes armés ont ouvert le feu sur une foule de 2 000 personnes, tuant au moins quinze personnes et en blessant des dizaines d’autres, il comptait parmi les victimes.

Il est mort aux côtés de Rav Eli Schlanger, rabbin adjoint de Habad de Bondi, qui officiait ce soir-là comme maître de cérémonie. Les deux hommes travaillaient ensemble depuis des années, leurs épouses étant meilleures amies depuis le lycée. Ils avaient servi la communauté côte à côte et, lors de la première nuit de ‘Hanouka, ils ont été martyrisés ensemble.

Selon le Rav Yakov Lieder, directeur du Jewish Family Centre de Bondi : « Yaakov et Eli formaient un partenariat extraordinaire : Eli avait les visions et les idées, et Yaakov savait comment les concrétiser. »

« Il était la colonne vertébrale de toutes les organisations juives de Sydney », a déclaré Avremi Joseph, membre de la communauté de Sydney et beau-frère de Rav Eli Schlanger.

L’homme qui faisait que tout arrive

Lorsqu’il fallait que quelque chose se fasse au sein de la communauté juive de Sydney, Rav Yaakov Levitan le rendait possible. En réalité, il serait difficile de trouver une institution juive dans la ville qui n’ait pas été directement marquée par son action.

Il était secrétaire du Beth Din de Sydney (tribunal rabbinique), une fonction qui exigeait une discrétion et une intégrité absolues. Dans son activité précédente, il était administrateur de la bibliothèque et centre de ressources éducatives BINA, où il supervisait le fonctionnement quotidien, les budgets, le marketing et les programmes éducatifs. Sous sa direction, BINA est passée du stade d’idée à la réalité florissante qu’elle est aujourd’hui : il l’a mise en ligne, a lancé ses podcasts et ses vidéos et, lorsque le COVID a tout paralysé, il a su porter l’organisation à un niveau supérieur.

Il assurait également la liaison commerciale avec le sofer (scribe) de la ville, coordonnant les rouleaux de Torah et les mezouzot entre Sydney et Melbourne. Dès son arrivée à Sydney, Rav Yaakov Levitan a professionnalisé l’« activité de salon » du scribe et, comme le souligne Avremi Joseph, « des dizaines de milliers de personnes ont aujourd’hui des téfiline et des mezouzot grâce à lui ».

Il a fondé tapNgive, une entreprise proposant des bornes de dons par paiement sans contact afin d’aider les organisations à but non lucratif à moderniser la tsedaka, et a utilisé cette expertise pour installer des technologies de paiement par carte facilitant l’accès au mikvé des hommes — qu’il gérait à titre bénévole.

Après le 7 octobre, alors que le monde assistait à un « réveil spirituel », il a agi comme coordinateur à Sydney de la campagne de téfiline, veillant à ce que toute personne qui en avait besoin puisse en obtenir une. Et lorsque ‘Habad de Bondi a achevé, fin 2024, son nouveau bâtiment de 30 millions de dollars, les Rabbanim Ulman et Schlanger ont demandé à Rav Yaakov Levitan de devenir directeur des opérations afin de superviser le fonctionnement de l’une des institutions juives les plus importantes d’Australie.

Son dévouement était tel que, chaque Chabbat, Rav Yaakov Levitan s’assurait de prier au minyane matinal de la synagogue Mizrahi voisine, avant de venir superviser et garantir le bon déroulement des offices plus tardifs à ‘Habad de Bondi.

La fonction était immense ; la responsabilité l’était tout autant. Mais Rav Yaakov Levitan la minimisait totalement.

« Quand il a obtenu ce poste, je lui ai dit : “Waouh, c’est un travail énorme. Tu travailles pour une institution gigantesque” », se souvient le Rav Mordekhaï Guth, son beau-frère. « Il a tout de suite relativisé, disant simplement : “Je ne suis qu’un administrateur.” Il était d’une humilité incroyable. »

Cette humilité le définissait. Qu’il s’agisse d’un dîner de collecte de fonds, d’une campagne de dons, de documents à faire transiter par le Beth Din ou d’un rouleau de Torah à vérifier, Rav Yaakov Levitan s’en chargeait. Lorsque le Rav Yehuda Straiton lança à Sydney le chapitre local du concours ‘Hidone Torah et souhaita envoyer des enfants à New York, c’est lui qui en assura l’organisation. Après le 7 octobre, quand la communauté voulut organiser un voyage en Israël, c’est encore lui qui le rendit possible, jusque dans les moindres détails, de l’assurance voyage à l’obtention de subventions gouvernementales.

« Quand quelque chose devait être fait, c’était Yaakov », a déclaré Avremi Joseph. « Des projets majeurs jusqu’à la plus simple des tâches — il faisait tout de tout son cœur, et de toute son âme. »

Lorsque ‘Habad de Bondi eut besoin d’une société de sécurité et que des subventions gouvernementales furent disponibles, Rav Yaakov Levitan se souvint avoir entendu un membre de la communauté exprimer le souhait de créer une entreprise de sécurité. Le Rav veilla à ce que ‘Habad de Bondi soit son premier client.

« C’était quelqu’un de profondément motsé ‘hen — qui trouvait grâce — auprès de tout le monde », a expliqué le Rav Mordekhaï Guth. « De l’administration de la yeshiva locale au sofer de Melbourne, absolument tout le monde. »

« Ce n’était jamais à propos de lui. C’était toujours à propos des autres », se souvient Avremi Joseph. « Sa plus grande récompense, c’était que les choses se fassent, pas qu’on le reconnaisse. »

Avremi Joseph, qui considérait Rav Yaakov Levitan et son épouse Adina comme des amis très proches, se rappelle lui avoir un jour demandé comment il parvenait à tout faire en 24 heures, sept jours sur sept : « Je lui demandais souvent : “À quelle heure rentres-tu dîner ?” Il me répondait : “Je rentre vers 20 h chaque soir.” Il était entièrement dévoué à la communauté. »

L’ironie qui circule aujourd’hui parmi les membres endeuillés de la communauté est que, tandis que diverses organisations s’efforcent de coordonner les funérailles et la logistique avec la morgue pour les quinze personnes assassinées, « Yaakov aurait été celui à qui tout cela serait revenu ».

Et Rav Yaakov Levitan l’aurait fait — naturellement. Discrètement, efficacement, et presque certainement sans la moindre mise en avant.